La Fabrique

Livre :

Vous pouvez découvrir notre recueil Paroles, fruit des ateliers menés au foyer résidence Francis Barousse de Ramonville en 2015-2016 : Paroles

Les textes d’ateliers :

Vous pouvez découvrir ici les textes écrits lors de l’atelier d’écriture enfants/parents au Centre culturel de Ramonville en février 2016 : livret atelier enfants parents

Recueil des ateliers d’écriture menés en 2015 à la médiathèque Simone de Beauvoir de Ramonville : ateliers d’écriture printemps 2015.

Recueil des ateliers d’écriture de 2014 à la Médiathèque Simone de Beauvoir : recueil ateliers d’écriture.

Voici un Blog pour lire les écrits des participants aux ateliers d’écriture du mardi : http://defillenrecit.tumblr.com/

Petits textes libres : 

Réveuse réveillée
Revisiter les rives, les rimes
Se rêver, se trouver.

Les désillusions de Dédé le démarcheur

Dès le début, la destinée délaissait les désirs de Dédé. Les dés dédaigneux, de décade en décade, déclaraient sa débâcle. Dés lors, Dédé déclinait. Ce Dédé pas décoratif, sans DEA, mais pas encore défiguré, se dépréciait. Déprimé Dédé dérivait deçà delà, déçu et dépité. Le dégoût déformait son derme. Alors, la démarche débile, sur le débarcadère du destin, à peine débarbouillé et en plein délire, il décida de dégainer, comme un défi, sa détestation sur un démineur trop délicat. Il dégota un déchaussoir défoncé dans une décharge et en un déclic débusqua le débutant. Que de décibels ! Quelle débauche ! L’autre, face à la déglingue, déguenillé, décampa sans délai.

Une fois le délit découvert, un délégué démocrate déféra Dédé. Déferlements de « Dégage ! «  et de « délinquant ! ». Dédé désira se dédouaner, sans déc’. Mais Un démago, pas dégonflé, sans débat, décida sa décapitation. Débouté Dédé ! Dégoutté Dédé ! Quelle débâcle !

Alors sans défense, désespéré mais déterminé, dans un déhanchement, il s’est défenestré.

Val
Toulouse, le 22 octobre 2014

lumière au bord du canal


La mariée ne vient pas de mars

La belle ne vient pas de mars, mais des marches de la mairie, au bras d’un aimable jeune marié. Ils échangent un baiser de braise devant le maire à barbe rase mais non imberbe. De la salle s’élèvent des rires et un air de samba. Certains se claquent la bise, d’autres déjà ivres se font la malle vers le bal, à travers les maïs et les balles de blé, malgré la bise de mars ou d’avril, on ne sait plus.

Le soir, après bien des barils de bière, la mariée pleine de braise, perd sa chaussure de vair et son label “Vierge certifiée”.

Pourtant elle semble ravie, pleine d’aise. Misère, je dis.

Val
Toulouse, octobre 2014

 

 Outre monde

Elle se souvient, avant elle il n’y avait rien. Avant le monde, le noir. Avant juste l’idée. Puis le désir d’où surgit les premières pulsations. Elle voit jaillir la lumière dans le cri. Sa rétine s’insole à l’éblouissement du monde. Dans l’Outrenoir, la lumière vibre et danse et naît, comme elle, de la forme sculptée. Soulage raye le monde et le révèle.

Elle gratte derrière les sillons, creuse encore la matière goudronneuse. Elle cherche en ces ténèbres, l’écorce des choses. Fouille dans les entrailles de la toile. Derrière, trouve le blanc luminescent du support.

Elle découvre un Carré blanc sur fond blanc. Elle se demande maintenant pourquoi les choses sont, pourquoi pas rien.

Mais le blanc bientôt se diffracte en couleurs. Commence une aventure inconnue dans un lieu inconnu. Elle s’aventure dans des champs chromatiques. Se déplace dans les formes, les courbes, traverse des tunnels, vole de point en point. Sa propre forme se perd et se dissout en zones monochromes. Sa chair rose et translucide pénètre le support à force de passages, comme dans une peinture de Rothko. Son intensité advient dans la superposition des couches. Plus loin, elle trouve des mers verticales en bleu IKB. S’y noie un instant. Se raccroche aux bouées rouges de Miro.

Parfois, surtout en vieillissant, le monde devient sismique. Elle se contorsionne au milieu de la toile-monde. Jette son énergie en courbes sinueuses de couleur épaisse et glutineuse. Se propulse en giclée. S’éclabousse. Les chemins se superposent en tissages inextricables de taches et de coulures. Elle s’extirpe de ce monde organique et effroyable, s’accroche comme à une corde, à une coulée oubliée par Pollock hors de la toile. Après son saut périlleux, elle reconstruit un monde à la frontière du vide. S’assoit au bord du gris, sur Les toits de De Staël. Contemple l’horizon en couches minérales.

Et au-delà ? Elle veut voir les béances du monde. D’un coup de rasoir, elle fend la toile. Elle traverse la cicatrice. De l’autre côté, il n’y a rien.

Le Fou est content

 Le fou est content de cette nuit sans lune. Une nuit noire, sans devant ni derrière, sans fond ni plafond pour cloisonner sa folie. Pour l’attraper dans les filets de la raison. Pour l’entraver et la coucher à terre comme on couche les criminels, la figure dans la poussière.

 Le fou est content. Dans l’ombre il peut tirer à quatre épingles la carte du crime. Les ruelles sombres sont l’espace de jeu de sa déraison. Le fou peut se lover dans l’absurde. Invisible. Ses coups de poignards restent impunis. Et même si quelqu’un sait, qui osera. Qui osera le reconnaître dans cette nuit sans lune. Les tribunaux sont clos, trop tard pour faire payer.

 Le fou est content. Il rit à gorge déployée comme on se gargarise d’un méfait. Impunité du fou, il a la puissance pour allié. Il a sa cour qui bat tambour et s’accroche à ses pieds, avec la soumission ravie de ceux, qui sont du beau côté. Là où on massacre à coup de sourires blancs et bien nourris.

 La lune n’éclaire pas l’injuste. Alors le fou est content. Il danse la danse d’autorité qui noircit le monde. Dans les pas du fou ça meurt, dans les pas du fou on meurt, sous les coups de flétrissure.

 Le fou fait sonner l’or qui résonne et assourdie et rend sourd et rend aveugle, et affame l’enfant qui naît et qui naîtra.

 Le sourire du fou comme les crocs des loups éclaire la nuit de son absurdité. Le fou avance avec son armée de fous, en étendard le nom d’un dieu qu’il ne connaît pas.

 L’armée des fous avance, épuisée de tant de vide qui porte leur vie. A bout de bras. Au bout des bras il n’y a rien. Que la cécité de cette nuit, sans lune pour voir.

 Les cris des rivières se cognent au tympan tari du fou. Dans la nuit, l’arbre se couche. Dans la nuit, l’oiseau se cogne à la voûte. L’ange se cloue. L’antarctique devient noir. Le fou est content.

squelette 2

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>